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Appareils à usage domestiques (Home Use Devices) : qu'en pense le dermatologue ?

Aujourd’hui on peut acheter librement dans les magasins d’électroménager ou sur internet des appareils à base d’énergie à usage domestique utilisables dans de nombreux domaines de la dermatologie esthétique et médicale : nettoyage de la peau, épilation, repousse des cheveux, rajeunissement, blanchiment dentaire, acné active, psoriasis, eczéma, vitiligo... Il faut noter que l’appareil à usage domestique le plus vendu actuellement est une sorte de brosse électrique ronde permettant d’éliminer un peu la couche cornée afin d’appliquer des cosmétiques qui pénétreront plus efficacement. Il existe en projet des appareils pour mesurer certains paramètres biologiques afin d’établir un diagnostic, mesurer l’efficacité des traitements, améliorer le bien-être, la cellulite et obtenir une désinfection cutanée.

Le principe de fonctionnement de ces appareils essaye de reprendre celui qui est utilisé pour les appareils médicaux avec des machines puissantes et onéreuses mais dont l’efficacité n’est plus à prouver. Il existe une pléthore d’appareils sur le marché de l’esthétique et il est difficile pour le consommateur de savoir lequel est le plus efficace. Il faut quand même lui expliquer que ces appareils n’ont pas du tout la même efficacité que celle des appareils utilisés par les médecins.

 

Les appareils épilatoires :

Ce sont ceux qui provoquent le plus de questions des consommateurs auprès des dermatologues concernant leur efficacité car leur prix reste très attractif. En effet les prix varient de 300€ environ jusqu’à plus de 1000€ en sachant que l’appareil le plus cher donne de meilleurs résultats que les autres. Il n’est pas concevable d’acheter un appareil moins cher que cette fourchette si on veut avoir un semblant de résultat. On a besoin d’un minimum de puissance lumineuse pour atteindre le poil et ce n’est pas une lampe de poche ni un flash d’appareil photo qui pourront atteindre cet objectif. Dans cette panoplie d’appareil on ne trouve que 2 vrais lasers (à 810 nm) mais ils émettent un spot de seulement 1cm de diamètre pour conserver une certaine puissance (le travail sera donc très très long et ne s’adresse qu’à de petites zones). Les autres appareils sont des lampes pulsées (IPL) qui n’ont pas toutes la même puissance ni le même spectre d’émission lumineuse ce qui va influencer leur efficacité. Par ailleurs leur surface de travail diffère d’une machine à l’autre et si on veut épiler de grandes surfaces il faudra privilégier celle qui émet le spot le plus grand.

Ces appareils sont-ils efficaces ? oui à court terme pour beaucoup, oui à moyen terme pour quelques appareils seulement mais il ne faut pas attendre le même résultat à long terme qu’avec les appareils utilisés par les dermatologues à leur cabinet.

 

Ces appareils sont-ils sûrs ? oui, car les industriels ont beaucoup travaillé l’aspect sécuritaire surtout avec les nouvelles normes (en 2014 et 2016) qui vont encore évoluer dans le bon sens. D’ailleurs on va sans doute leur demander de prouver leur efficacité à l’aide d’une étude bien menée afin d’arborer le fameux marquage « CE médical » et non plus le simple marquage « CE électrique » qu’ils possèdent aujourd’hui. Mais ce côté sécuritaire peut avoir été développé au détriment de l’aspect de l’efficacité.  

Quel appareil acheter ? : Il faut questionner votre dermatologue et ne pas hésiter à lui montrer le dépliant publicitaire ou technique de l’appareil que vous envisagez d’acquérir. Les dermatologues ne sont pas hostiles à ces appareils car ils peuvent être utilisés en complément des séances pratiquées au cabinet. Par exemple pour l’épilation du visage, lorsque le profil hormonal de la patiente nécessite un nombre élevé de séances d’entretien.

 

Les appareils anti acné :

Ici on ne trouve pour l’instant que des appareils à base de L.E.D. (diodes électro luminescentes) censés avoir une action anti-inflammatoire et anti bactérienne spécifique vis à vis du germe classiquement incriminé dans l’acné. Disons tout de suite que ça reste théorique et qu’aucune étude sérieuse n’a montré une efficacité de ces HUD dans l’acné. Les dermatologues sont habitués à prendre en charge l’acné sous toutes ses formes avec des thérapeutiques qui ont largement prouvé leur efficacité et prises en charge par nos assurances sociales, aussi il ne faut pas hésiter à nous consulter.

 

Les appareils anti-âges :

Ici nous avons tout un panel d’HUD très disparates mais tout le monde revendique des résultats rarement prouvés scientifiquement.  Dans la série d’appareils assez farfelus, on en trouve qui assurent une action électromagnétique sur la peau, d’autres à base de LED bien faibles, d’autres encore qui émettent de la radio fréquence tellement faible qu’elle ne risque pas de pénétrer dans la peau et il existe aussi des rollers qui n’agissent qu’au niveau de la couche cornée mais qui sont vendus avec des cosmétiques qui sont censés pénétrer par les petites perforations cutanées créées. Il existe tout de même quelques petits lasers fractionnés non ablatifs qui ont fait l’objet de publications bien documentées mais on ne sait pas si leur effet anti-ride est seulement la conséquence d’un petit œdème qui disparaitra avec le temps. Donc pas de miracle ici, c’est un peu comme ces crèmes anti-rides qui nous promettent des effets miraculeux.

 

Les appareils pour la repousse des cheveux :

Il existe quelques études sur les bénéfices d’appareils (casques, peignes…) à base de LED rouge avec efficacité sur la repousse des cheveux lors d’alopécies de cause variable. Ces études ne sont pas irréprochables et sont insuffisantes pour rentrer dans le cadre de « la médecine basée sur des preuves ». La plupart des résultats viennent d’études « in vitro » et ne sont pas forcément transposables à la réalité clinique humaine. A savoir aussi qu’il existe d’autres traitements efficaces contre l’alopécie masculine et féminine que votre dermatologue vous prescrira en toute sécurité.

 

 

Autres appareils :

On trouve des appareils anti-cellulite qui reproduisent en miniature ceux qu’on trouve chez les kinésithérapeutes et basés sur le principe du « palper rouler »

Pour le psoriasis on aura le choix entre 2 types d’appareils qui émettent une lumière bleue. Une émet des U.V. donc avec toutes les restrictions liées à ces U.V. (vieillissement et cancers de peau) et l’autre, une LED émet une lumière bleue dénuée de tout U.V.  Ces appareils sont destinés à améliorer une ou deux plaques rebelles de psoriasis mais ne sont pas indiqués pour traiter un psoriasis diffus.

Cette liste n’est pas exhaustive et risque de s’allonger dans un futur proche avec notamment la prise en charge de l’eczéma atopique, du vitiligo…  

 

En résumé il ne faudra pas confondre un discours commercial et un discours scientifique fondé sur des preuves avec publication dans des revues scientifiques sérieuses. Nous essaierons de tenir cette rubrique à jour…

septembre 2017